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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 05:53

 

 

Un beau matin d'été, un homme, un homme dont on peut dire qu'il n'est plus tout jeune, se promène dans la forêt de Scévolles près de chez lui. A la réflexion, on peut dire que cet homme est âgé. On peut même lui dire qu'il est vieux. Il n'en est plus choqué.

 

Depuis qu'il est à la retraite, et ça fait longtemps, quand le temps s'y prête, il parcourt quasi quotidiennement les mêmes sentiers. Il en connaît chaque pierre, chaque dépression, chaque bosse qu'il effleure de sa canne. Il s'attarde souvent aux mêmes endroits. Là pour admirer un chêne de trois cents ans ou davantage, ici pour caresser le tronc d'un peuplier brisard, ailleurs pour goûter le chant d'un pinçon grâce à sa nouvelle prothèse auditive, ou pour observer le manège incessant d'une mésange charbonnière dans un bosquet. Ses nouvelles lunettes font merveille.

 

A l'orée d'une petite clairière, l'homme aperçoit un vélo couché dans le fossé. C'est un beau vélo mauve. Un vélo de fille. L'homme s'en approche. Mais à qui peut-il bien appartenir...

L'homme scrute les alentours dans un lent mouvement de rotation. Il ne s'agit pas de brusquer cette vieille carcasse percluse de douleurs. Des douleurs en sommeil, certes, là maintenant, mais prêtes à se réveiller à la moindre alerte.

Rien... Il ne voit rien. Ah si ! Là-bas, qu'est-ce ça peut-être ! Un chiffon ? Une étoffe ?

Le vieil homme s'avance. La lenteur de sa marche lui confère la discrétion d'un Sioux.

Il n'en revient pas. A dix mètres de lui, puis à cinq, puis à deux, une nymphe, une déesse, une fée, enfin une jeune fille..., est allongée sur une serviette de bain. Entièrement nue.

Un casque sur les oreilles branché sur un I-Pod, les yeux fermés, elle est ailleurs. Sous le soleil exactement...

 

L'homme déplie sa canne pour en faire un siège provisoire et quelque peu instable et s'immobilise.

Dès lors, il a tout loisir d'admirer la perfection de ce corps féminin. Son visage qui... Non, son regard est d'abord rivé sur le sexe de la jeune fille. Un sexe plein de promesses. Une énigme, un mystère, un sésame. Depuis la nuit des temps... Depuis la nuit des temps, les hommes se perdent dans le sexe des femmes. Y naissent et y reviennent...

Ses seins, ensuite. Les seins. Ces protubérances incongrues. Pourquoi sont-ils aussi attrayants pour les hommes... La mère nourricière, sans doute. On ne sait pas. Le galbe, la rondeur, probablement. Ce côté apaisant, rassurant ? Peut-être...

Son visage pour finir. Fermé, absent. Présent mais pour d'autres que lui.

C'est tant mieux. Il s'en fiche. Il part comme il est venu. Comme une ombre.

 

Le vieil homme laisse un message dans le petit panier du vélo en passant.

Mademoiselle, vous êtes tellement désirable ! Vous êtes le désir incarné, sublimé, emblématique !

Mais sachez une chose, il y a plus grand et plus fort désir que l'homme pour une femme ou que la femme pour un homme...

Il y a le désir de tout désirer. Jusqu'à la mort !

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