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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:29

La "culpabilisation", un des deux  meilleurs outils du stratège.048

L'autre, c'est la "manipulation". Une autre chronique à venir...

 

Du stratège, donc,  du leader, du manager, du gendarme, de l'instituteur, du parent et, bien évidemment, du gouvernant...

Pour mutualiser ses erreurs passées (ou celles de ses prédécesseurs...) et ses néfastes conséquences, pour partager un poids qui est au dessus de ses forces et, bien souvent, de ses compétences, le stratège a toujours besoin des autres.

De même, pour faire admettre des mesures iniques dont elle a pris l'initiative ou qui lui ont été dictées, l'autorité individuelle ou collective doit "préparer le terrain" comme un paysan laboure son champ avant de semer. Préparer le terrain et les esprits... 

La position du "dominant" lui interdit de reconnaître son incurie, sa perversion ou son impuissance. Car, dès lors, il prêterait le flanc aux plus vives attaques, à la révolte et pour finir il serait discrédité. Le début de la fin pour le dominant...  

Alors, que fait-il ?

Facile... Il commence par culpabiliser son auditoire.Il souffle sur les braises de la culpabilité que la morale judéo-chrétienne a fait naître en chacun de nous. Du grand brasier de notre éducation primitive dans lequel nos pulsions animales, certes, mais aussi notre candeur, notre fraîcheur, notre spontanéité, notre vérité, ont été consumées, perdurent les tisons ardents et douloureux de la culpabilité. A vie... 

De fait, nous sommes tous, ou presque, condamnés à la culpabilité à perpétuité... Le dominant le sait.

 

Ainsi, pour affirmer, d'emblée, sa position dominante, le stratège fronce les sourcils, adopte un ton grave, et avec toute l'emphase dont il est capable (dans certains cas, c'est à mourir de rire !), il prétend que l'heure est grave, que ça ne peut plus durer comme ça. Fini de rigoler...

Et, mécaniquement, la faute nous incombe. Une faute que nous ne soupçonnions pas auparavant !

Et sans comprendre qu'elle en est véritablement la nature, nous la prenons néanmoins à notre compte. Instinctivement. Parce qu'on est toujours coupable de quelque chose. Alors de ça ou du reste...C'est dans notre "logiciel", comme on dit aujourd'hui. C'est ainsi que nous avons été formatés.

Dès lors, la flamme de culpabilité qui nous habite, désormais ranimée, le stratège obtient ce qu'il veut.

 

Le manager n'a qu'à évoquer les soi-disant mauvais résultats de l'entreprise pour nous demander, en une matinée, le travail qui aurait nécessité une journée entière...

Le gendarme, au prétexte de diminuer le nombre de morts sur la route, va nous verbaliser parce que nous avons été flashés à 52 kms/h alors que la vitesse autorisée était limitée à 50.

L'instituteur va demander aux enfants, dès le plus jeune âge, plus de travail, plus d'efforts en martelant (et il a raison !) que seuls les diplômés pourront s'en sortir et que c'est même pas sûr. 

Pour le parent, c'est différent... S'il ne perd pas pied trop tôt, il a quelques années devant lui pendant lesquelles la culpabilité de l'enfant est incontestée. Par définition, l'enfant est coupable. On peut tout demander à un enfant en prétendant seulement qu'il n'a pas été sage... Même si, on est d'accord, ni vous, ni moi, ne savons exactement ce qu'être sage veut dire...

 

Coupables de tout. Nous serions coupables de tout.

De l'insécurité routière, du chômage, de la délinquance, de la récession, de la dette grecque...

Fillon, aujourd'hui, a froncé les sourcils et adopté un ton grave. Et je n'ai pas ri.

NOUS avons trop dépensé ! NOUS avons joué les cigales pendant trop d'années ! NOUS avons été inconséquents, irresponsables !

Il faut désormais se serrer la ceinture et adopter une politique d'après-guerre !

Fillon, en bon stratège, ne fait qu'appliquer la bonne vieille méthode de la culpabilisation.

Sans le dire ouvertement, il nous rend responsables de ce chaos. Pour nous faire avaler sa énième couleuvre et épargner une énième fois l'élite dont il fait partie et qui est la seule responsable de cette crise qui n'en finit pas...

 

Je n'ai jamais tué personne sur la route, j'ai toujours travaillé depuis que j'ai 19 ans et j'en ai 55, je n'ai jamais volé une pomme à un étalage, j'ai toujours payé mes impôts en dehors de toute niche fiscale et réglé toutes les pénalités induites par mes retards, mon salaire net, non seulement n'augmente pas, mais diminue parce que les charges augmentent et si je pouvais passer des vacances en Grèce pour aider les autochtones, je le ferai, mais je n'ai pas les moyens !

 

Alors, Fillon, tu ne me la fais pas... Je ne me sens coupable de rien.

Un jour viendra, qui peut savoir quand... Dans dix ans, dans vingt ans, demain ? Un jour viendra, cependant, où les vrais responsables de ces injustices seront reconnus. Et où les vrais coupables seront confondus.

C'est déjà arrivé. En 1789, par exemple... En France.

Certes, rien n'est jamais acquis, ça tourne. Comme la terre, les hommes sont en perpétuelle révolution.

 

L'Histoire, comme la justice, est lente. Trop lente... Mais sûre, prévisible et implacable.

Nous serons, vous et moi, un jour,  innocentés.

Pour un temps, du moins. Et jusqu'à la prochaine fois... 

 

   

   

  

   

  

 

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