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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 04:15

César vit seul mais il reçoit beaucoup.

Il habite un château, au mitan d’un parc de trois hectares délimité par un mur de pierre haut de deux mètres, dont il ne sort jamais. Jamais…

La mention historique de ce château remonte au quinzième siècle. Il fut restauré, aménagé, transformé, viabilisé par les différents propriétaires qui en eurent la charge. Quelques vestiges originels subsistent. Deux tours d’angle cylindriques de l’enceinte longue de deux cent quarante quatre mètres. Et sur l’une d’elle, est adossé le logis.

L’habitation comprend une salle de quatre vingt dix mètres carrés au rez-de-chaussée. Très haute. Grosses poutres de chêne sans âge. Des murs bruts.

On y découvre une grande tapisserie médiévale, ou prétendue telle, sur la façade ouest, que personne n’a été foutu de dater mais qui n’est pas d’hier, ça c’est sûr, à en croire la poussière qui en masque les motifs et l’usure du tissu dont témoignent les nombreux trous qui le parsèment. Tant et si bien qu’elle est illisible. On devine un loup, en bas à gauche. Mais il s’agit peut-être d’un chien. Voire, d’une vache… Bon, disons un loup. César y tient. Et des chevaux montés par des cavaliers sans tête. Dommage ! Certains trous sont positionnés là, précisément, sur la tête des cavaliers. Malicieusement. Une scène de vénerie, quoi. Une chasse au loup, peut-être...

Dans la région, il y avaient encore des loups au tout début du vingtième siècle !

Il y a aussi les accessoires idoines. Des écus, des épées, des fanions, des tentures, des portraits peints d’ancêtres illustres et inconnus, dont celui de Guichard B., accrochés de guingois sur les murs à des emplacements improbables. Certains sont d’époque, d’autres peut-être moins…

Et puis tous ces bibelots, des objets sans âge dont un buste de marbre très beau dont l’origine est sujette à caution. Peut-être un dieu grec mais lequel…

Et… LA bibliothèque de huit compartiments, dont deux fermés par une porte vitrée, d’une douzaine d’étagères chacun, occupant tout le mur ouest, jusqu‘au plafond. Derrière les portes vitrées, les livres anciens, pour la plupart reliés de cuir rouge, ordonnés de manière irréprochable. Sur toutes les autres étagères, un foutoir incommensurable. Des livres debout, couchés, parfois en équilibre instable sur des objets insolites à cet endroit. Tels une pipe, un réveil matin, un cor de chasse, des mouchoirs en papier, un boîte de préservatifs ... Mais aussi, des dossiers, des documents, des feuillets, des journaux, des magazines, des post-it, des tickets de caisse, des cahiers, des notices, des DVD, des CD…

Au nord, le salon. Composé d’un divan de cuir noir long de quatre bons mètres qui fait son âge, face à une cheminée dans laquelle on pourrait faire griller un sanglier. Deux vastes fauteuils latéraux, contemporains du divan.

Et à égale distance des trois éléments, une table basse de chêne massif qui a vécu et sur laquelle ont été posés ou jetés, c’est selon, trois cendriers, une blague à tabac, deux briquets, un verre à Cognac, deux verres à Whisky, encore des journaux, des magazines…

LA chaîne Hi-Fi, enfin. Ampli, tuner, lecteur de CD, quatre enceintes imposantes réparties aux quatre coins de la pièce. Un petit meuble de rangement pour les CD.

Pas de téléviseur.

Le Sud s’invite par une grande porte-fenêtre à petits carreaux. Deux battants ouverts six mois sur douze sur une terrasse de tuffeau blanc et bordée par une balustrade en fer forgé peinte en vert prune.

Quand le temps le permet, allongé confortablement dans une chaise longue sur sa terrasse, César peut contempler la vallée de la Grande B. Il n’a jamais rien vu de plus beau. Faut dire qu’il n’a pas vu grande chose dans sa vie. Autant dire rien d’autre que son château.

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