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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 13:43

Jean-Paul D.

 

S., le 11 Juin 2012

 

 

 

 

Madame,

 

 

Avant le 31 du mois dernier, je ne vous connaissais pas.

Bien. Et alors ? Me direz-vous.

Alors, ceci…

 

J’étais à La Charité sur Loire ce jeudi 31 mai 2012 et, ma compagne et moi, avons assisté à votre brillante prestation en l’Eglise Saint Pierre en voie de… de réfection, de réhabilitation, je ne sais plus très bien.

En préambule, un élu local, peut-être même régional, Président du festival, sur le ton de la plaisanterie où l’on avait peine à discerner le premier du second degré, a prétendu que ce lieu avait été choisi par vous. Vous vous en défendîtes…

Et pourquoi, donc ? Après tout, c’était le lieu idéal pour votre conférence.

Un lieu à mi-chemin entre le profane et le sacré. Une vieille église défaite de toute sa symbolique dans laquelle la philosophe pouvait, solennellement et sans crainte d’être compromise, y affirmer sa foi.

 

Cette « confession » m‘a surpris.

Non pas que j’ignorais que certains philosophes fussent croyants, non… Et de tout temps. Il y a de nombreux et illustres exemples. Je suis certain que vous en feriez une liste exhaustive ou quasi… si on vous le demandait. Bien mieux que tout autre. Et bien mieux que moi, en particulier.

Néanmoins, sans doute coupable de préjugés, j’imaginais qu’un ou une philosophe devait se garder de mettre sa science rhétorique au service d’une profession de foi. De foi religieuse, en l’occurrence.

Les voies du Seigneur sont impénétrables...

Ne le sont-elles pas également pour les philosophes ? Je sais ce qu’il faut penser de cette maxime, tellement impénétrable elle-même, qu’elle peut faire illusion pour étayer toutes sortes de propos, fussent-ils contradictoires. N’empêche…

N’empêche, au prétexte d’une sorte de défi qui vous avait été lancé lors de ce festival du mot, vous nous avez courageusement, à partir de ce mot « intimité » qui ne suggère, a priori, aucune connotation manifeste avec l’idée de Dieu, entraînés vers votre credo. Méthodiquement et…professionnellement.

Aujourd’hui, je me demande si un autre mot, je ne sais pas moi, «obscurité», par exemple, n’aurait pas pu faire l’objet de la même savante démonstration de votre part.

 

De la surprise à consternation…

En bon élève, avec toute l‘attention dont je suis capable, j’ai suivi vos pas, un à un, sur l’itinéraire sinueux et accidenté qui devait nous mener à la vérité de « l’intimité ».

J’ai eu un peu de mal parfois, je le reconnais. Il fallait emprunter cette voie, puis une autre. Dès lors, vous nous annonciez avec malice que nous avions fait fausse route, qu’il fallait rebrousser chemin et nous lancer sur cette autre voie, celle qui nous avait échappé dans notre précipitation. Oui, celle-là !

Au bout d’une heure, un peu éprouvé, je vous ai vue vous arrêter et vous sembliez satisfaite, rayonnante. Vous étiez, de toute évidence, arrivée à l’endroit précis où vous désiriez nous conduire. L‘« intimité », avez-vous dit, ce n’est pas ce que l’on croit. Mais c’est peut-être croire.

 

Cet endroit, cependant, pour moi ne ressemblait à rien d’abouti comme, par exemple, une auberge hospitalière après une longue randonnée ou la ligne d’arrivée que l’on franchit en haut d’un col. Pire, je n’avais pas le sentiment d’être parvenu où que ce soit. Rien de tout ça.

L’intimité, avez-vous prétendu, ce n’est pas de l’ordre du privé, même pas de l’ordre de l’intime au sens où nous l’entendons habituellement. C’est ailleurs. C’est en nous, certes. Mais peut-être que ça ne dépend pas de nous…

A ce stade, dépourvu de mes idées reçues sur l’intimité et de mon intimité elle-même, j’étais impatient et j’attendais naïvement une solution que vous ne manqueriez pas de nous délivrer en poursuivant encore un peu votre cheminement intellectuel.

Et bien, non ! Au lieu de cela, je fus abandonné en rase campagne comme nombre de vos auditeurs sans doute. Pour vous, l’intimité, c’était la foi. Point final. Et, quant à nous, et bien… nous étions libres de combler ce vide par ce que nous voulions.

Fin de la prestation, plus le temps de la commenter ou de répondre à vos questions. Je suis très en retard, vous m’en voyez désolée… Merci à tous !

 

Sans mentir, j’ai mis deux ou trois jours à m’en remettre.

Mais je ne crois pas en Dieu, moi !, me suis-je dit. Qu’on me rende mon intimité d’honnête mécréant !

J’avais un tas de questions à vous poser. Cette lettre aurait pu en faire l’objet.

Puis, j’ai souri… Je me suis souvenu de cette citation de Pierre Desproges. Et, vous noterez que j’ai au moins retenu cette leçon, je ne cite que les auteurs que j’ai compris...

« Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question. »

Alors, j’ai renoncé.

 

Aujourd’hui, je vais mieux. Je ne vous connais pas davantage mais je suis conforté dans cette idée qu’aussi brillant et érudit soit-il, aucun raisonnement philosophique ne peut démontrer Dieu. Tous les philosophes qui s’y sont hasardés ont échoué.

Et, en réalité, comme disent les scientifiques expérimentalistes, tout se passe comme si Dieu n’existait pas.

J’en suis intimement convaincu…

 

Cordialement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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